Soyons le changement que nous voulons voir dans le monde!

vendredi 4 mai 2018

Happy birthday to me!

"Life is like a chocolate fountain. We can't know how deep we'll go when we dive in, but we really have to!" (Lolo Gump)

"La vie, c'est comme une fontaine de chocolat. On n'a pas idée jusqu'où ça va nous mener, mais on doit absolument y plonger!" (Lolo Gump)
















 Non, mais, sérieusement... Ca sert à quoi, la vie, si ce n'est pas pour en profiter à fond ?!?

jeudi 22 mars 2018

Butete hunting 2 (ou le retour du Têtard)

Cet article est la suite de Butete hunting (ou la quête aux têtards, épisode 1)
Si vous voulez tout comprendre de mes mésaventures, lisez la première partie d'abord, à trouver en-dessous de cet article....

Grâce aux aventuriers du Lundi, nous avons eu l'occasion d'observer un Butete en vrai.
Comme j'essaie de leur inculquer la valeur de la vie animale, je leur ai signalé que JE ramènerais le Butete chez lui le lendemain midi.
Alors (évidemment...), le lendemain midi, une troupe de gnomes hyperactifs me cueille à la sortie:
 "ALLEZ, ALLEZ, ALLEZ! ON RAMENE LE BUTETE CHEZ LUIIIII!
[Pffff... Résignation...] 
- Bon, ok, on ramène le Butete... Il est où? "
- IL EST MORT!
- KWAAAAAA? Mais il était vivant il n'y a même pas 10 minutes!
- Oui, mais mon petit frère vient de jouer avec...

 [Roooooohhh...]

Trop tard pour faire marche arrière, bien sûr.
Aux gnomes du Lundi se sont ajoutés les newbies du Mardi, qui ont bien sûr eu vent de l'aventure précédente.
Et c'est reparti pour un tour. Pour un retour du Têtard, mais sans Têtard...

Donc rebelote.

Ruisseau de merde (également connu localement sous le nom poétique de Taeland, littéralement "Monde de Merde")
Ruisseau de plastique.
Egout.

Cette fois-ci, mon dégourdi réussit à trouver la grande soeur de notre défunt Butete, preuve s'il en est que, contrairement aux apparences, cet égout peu ragoûtant n'est pas si dégoûtant:




Entretemps, certains avaient déjà exploré la partie inondée et avaient trouvé une sortie.
Certains en ont profité pour faire quelques brasses au passage...
[ Aïe, aïe, aïe!!!]


J'ai aidé les petits à passer à sec et on est tous sortis par une bouche d'égout qui donnait sur...
un cimetière!


 Avant de rentrer, ne refaisons pas la même erreur: "ON RELACHE TOUS LES POISSONS!" 
Soulagé que cela se termine enfin, je guide la petite troupe sur le chemin du retour.
[Ouiiiii! Un chemin! UN VRAI!]


 Là aussi, la vigilance est de mise, les bouteilles de verre explosées un peu partout sur le chemin constituent une réelle menace pour mes petits va-nu-pieds.  
[Pfff... C'était trop beau pour être safe...]

 Après avoir évité (presque) tous les morceaux de verre, on est de retour à l'entrée du bidonville.
Le moment de prendre un peu de repos et d'observer les poissons dans leur bocal...
[Bocal??? Poissons???]
- MAIS COMMENT CA SE FAIT QUE TU AS LES POISSONS AVEC TOI??? J'ai dit à ton frère tout à l'heure de ne pas les rapporter!!!
- Ben ouais, c'est pour ça que c'est moi qui les rapporte!
[Mammammammammammamma Miaaa!!!]

- Si on les rapporte, ils ne tiendront même pas jusqu'à l'école. Il faut les relâcher!
- Ha! OK, alors je vais les relâcher. Et il part en courant vers la Taeland...
- NON, NON, NON! PAS DANS LA M**DE!
-  Ha! OK, alors ici. Et il relâche les pauvres bestioles dans un micro-ruisseau noirâtre tout proche.
[*Soupir*...]


 L'heure est venue de dire bye bye à tous les plans foireux et de rentrer prendre une bonne douche! [Non, mais, franchement, vous y croyez???]



Bien sûr, c'est à ce moment que débarque le second batch, avec mon collègue...
[Je vous l'avais dit...]


Et ni une, ni deux, c'est reparti pour un autre tour, avec encore plus de monde!!!




Une fois tout le monde dehors, il est temps de prendre la poudre d'escampette: les allées et venues de tout ce petit monde n'ont pas échappé à la vigilance des gardes du cimetière, qui commencent à se mettre en chasse à leur tour...



Repassage sur le verre cassé et retour au point de départ.
Et là, la petite voix de la destinée se manifeste à moi:
-Ho, regarde! Les poissons qu'on a relâchés tout à l'heure! Ils flottent! Ils sont tous morts!
[re-*Soupir*...]

Retour à l'école, donc, en passant d'abord par la case décharge, puis par la case bidonville, et enfin par la case GROSSE DOUCHE!

Et bien sûr, ils ont rapporté les poissons morts avec eux...
 [No more comment... Out of stock...]


En conclusion, voici les principaux enseignements que je retire de cette quête aux têtards:

1) Il est important d'informer les enfants sur les conduites à risque. Demain, en cours de Sciences,  je leur expliquerai avec moultes vidéos en tagalog pourquoi ils ne doivent pas se baigner dans de l'eau souillée (schistosomiase, choléra, diarrhée).

2) Identifier les comportements à risque ne suffit pas, il faut expliquer pourquoi il est important de se laver correctement, les mains notamment, de manière très régulière. 

3) Les enfants sont attirés par l'aventure et la découverte. Comme Payatas n'est assurément pas un lieu sécurisé pour ce faire, il faut que nous organisions des sorties, dans un environnment proche mais sain, et ce de manière régulière.  Si nous ne le faisons pas, les enfants continueront d'explorer cet environnement malsain, que ce soit avec ou sans notre présence. Ne faisons pas l'autruche!

4) Les "va-nu-pieds" se mettent constamment en danger, que ce soit avec du verre brisé sur le sentier, des clous rouillés, ou des parasites dans l'eau. Toute plaie constitue un point d'entrée potentiel pour un pathogène possiblement léthal, et d'autant plus quand située au niveau des pieds. On doit s'assurer qu'ils aient tous des sandales. Même si pour certains, ce sera déjà la troisième paire que j'achète...

5) Quant à l'empathie... Et bien... On y travaille!!! 

Butete hunting (ou la quête aux têtards, épisode 1)

Voici la recette de la Butete hunting (prononcez Boutété) made in Payatas, où vous découvrirez comment les enfants ont réussi à me mettre dans une m**de inimaginable...

Ingrédients:
- Une petite école dans un bidonville au pied d'une montagne d'ordures.
- Un cours de Sciences sur les Amphibiens, avec Maman et Papa Palaka (grenouilles) et tous leurs petits Butete (têtards).
- Un enfant plus dégourdi que les autres qui annonce fièrement: "Moi, je sais où il y a des Boutétés!"
- Un prof qui saute (un peu vite?) sur l'occasion pour claironner:"Mais c'est génial! On va pouvoir les observer directement! Allez, hop! Allons-y gaiement, lundi prochain, c'est la quête aux têtards!"

Tous les ingrédients sont désormais en place pour une Butete hunting... mémorable!

Acte 1:
Lundi est là, mais mon Dégourdi, lui, n'y est pas.
"Qu'importe, répondent les autres en choeur, nous aussi, on sait où il y a des Boutétés!"
A la pause déjeuner, je me laisse donc guider par une petite troupe gonflée à bloc.
Nous traversons le bidonville. Plus on descend, plus cela devient sale, crasseux, calciné, nauséabond.

On atteint le fond (au sens propre comme au sens figuré)...
Les enfants se précipitent vers un ruisseau noir et immonde. [Hu???]
Ils commencent à y quêter le Butete. [AH!]
Tant qu'à faire, pourquoi pas un petit bain de pieds? [AAAH!!!]
Une gamine en profite pour me confier:
"Fais quand même gaffe où tu marches. C'est ici que les gens du bidonville viennent faire c*c*!"
[AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!]

Pronto, je fais savoir à ces jeunes padawans ce que je pense de cette situation, avec au moins autant de "A" et de "!".
Aucune réaction...
L'appel du ruisseau obscur de la Force est bien plus fort.
Changement de stratégie: je leur dis qu'il est impossible qu'il y ait la moindre bestiole (amicale du moins) dans un tel désastre, et qu'il faut chercher à un autre endroit.
Ca fonctionne! Une tête se redresse et claironne: "Moi, je sais où il y en a!"
Ni une, ni deux, la petite troupe repart en trombe vers le bidonville... [VICTOIRE!!! (?)]
Fin de l'Acte 1...


Acte 2:
Pendant la remontée (au petit trot et sous le soleil de plomb), on croise un groupe de retardataires accompagnés d'un collègue. Je raconte le ruisseau de merde. Pas convaincant pour ces petits Saint Thomas. Je souhaite un grand "GOOD LUCK!" à mon collègue, puis je rejoins mon propre troupeau, juste au pied de la montagne d'ordures...
Pour assister à ça:
Après le ruisseau de m**de, nous voici dans le jus de poubelle!
[AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! bis]

Même stratégie: je leur explique que tout Butete qui se respecte a tendance à préférer l'eau au jus de poubelle.
Exclamation de défiance: "Ha ouais? Et bien, regarde: j'ai attrapé un Boutété!"
Il me faudra répéter une quinzaine de fois que cette pauvre créature n'est pas le mythique Butete tant désiré...  [Mais sérieusement, comment un poisson peut survivre là-dedans????]
Finalement, les enfants me laissent fermer l'Acte 2. Non sans qu'il m'ait fallu les y pousser, bien entendu... On aurait pu en rester là, mais cela aurait été trop facile.


Acte 3:
Retour sur nos pas, donc, et là, hasard faisant, on tombe sur le petit frère du dégourdi en train de jouer dans le bidonville.
Grâce à lui, et après que la troupe de petits cabris surexcités se soient trompée de chemin (c'est ce qui arrive quand on utilise ses jambes avant son cerveau), on arrive à mettre la main sur un guide qui connaît son sujet.
Et où croyez-vous qu'il nous mena? Vers le ruisseau de m**de, of course...
Et les voilà tous repartis, au grand galop cette fois... Je me suis résigné...
On traverse le ruisseau de m**de.
On remonte un ruisseau de plastique. Je porte les plus petits à bout de bras.


Un autre en profite pour glisser et boire la tasse [Oh, My!]:



On atteint la Caverne d'Ali Baba, renommée pour l'occasion "l'Egout du Butete".
Après le ruisseau de m**de et le jus de poubelle, nous voici à déambuler dans les égouts...
[Hmmm? Pffffff...]

On se faufile sous un ciel d'araignées jusqu'à l'autre extrémité inondée:


Et au bout de l'effort (et de la saleté), voilà la récompense ultime:


 BUTETE !


L'heure est venue pour l'ami Butete de venir à l'école pour se faire observer, 
et pour tous les autres bipèdes de prendre une GROOOOSSE DOUCHE OBLIGATOIRE !!!







dimanche 18 février 2018

Hello Kits

C'est la version "light" de mes boîtes communautaires.

Je réfléchissais à créer un kit qui soit adapté non pas à une communauté fixe et ayant un abri "en dur", mais à une communauté nomade sans abri fixe, c'est-à-dire un kit adapté aux enfants des rues.

Comme je cherchais un contenant plus petit qu'une boîte, je suis tombé sur cette sacoche Hello Kitty à prix dérisoire (100php = 1€50):


Ainsi arriva tout naturellement la création de mes "Hello Kits"!

Et voici, en exclusivité,  le Hello Kit 1:


Avec:
- sacs plastiques étanches (pour conserver le matériel en état dans les conditions difficiles de la rue), 8php
- sacoche Hello Kitty, 100php
- livre d'apprentissage de la lecture (en Tagalog, langue locale), raccourci sur les bords pour pouvoir entrer dans la sacoche, 6php
- crayon gris Mongol (de bonne qualité) avec gomme intégrée, 5php
- taille-crayon, 3php
- boîte de 8 crayons de couleur Crayola (de bonne qualité) (apparemment coincée aux toilettes au moment de la photo), 17php
- miroir, 25php
- peigne, 25php
- peigne anti-poux, 25php
- compresses stériles (5 grandes en haut, 13php, 20 petites en bas, 31php)
- spray Hello Kitty de désinfectant fait maison, 50php spray + 12php désinfectant
- coupe-ongle avec lime à ongle, 15php
- pince à épiler, 10php
- paire de ciseaux, 12php
- rouleau de pansement adhésif, 195php
- petite boîte de talc (également coincée aux toilettes, semble-t-il), 16php

Je cherche encore un petit carnet d'écriture qui puisse rentrer dans la sacoche...

Je n'ai pas non plus encore identifié les premiers bénéficiaires à qui je vais confier ce premier kit.
Je vais prendre mon temps pour cela, car le choix de la bonne personne est capital.

Pour chaque élément, j'ai cherché scrupuleusement le moins cher sans pour autant sacrifier la qualité. La plupart des éléments ont été achetés en gros.
N.B: J'ai bien dit "en gros", et non pas "par le gros"...

Ce Hello Kit 1 ne m'a ainsi coûté au total que 8€75 !
(568php, au taux de conversion au jour de la rédaction de cet article, en incluant les 2 constipés, mais sans l'éventuel carnet d'écriture)

Merci encore à toutes les personnes qui ont permis la création de ce kit.
Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que ce soit une réussite.

Bref (comme dirait Pépin), affaire à suivre!

Boîtes Communautaires

Ayant parfois des donations en cash, j'essaie de réfléchir à comment utiliser cet argent efficacement et en minimisant les effets pervers potentiels.
Par exemple, si j'achète de la nourriture pour un enfant démuni que je rencontre dans la rue, ne vais-je pas l'inciter à la mendicité plutôt que d'aller à l'école? Mon expérience montre que c'est le cas.
Si je donne de l'argent ou des biens matériels à des familles à l'aveugle, difficile de savoir si cela sera utilisé à bon escient. Là aussi, les expériences malheureuses ne manquent pas.
Si je donne des biens à une famille pauvre dans une communauté que je connais bien, difficile de savoir si cela ne créera pas de jalousie auprès des autres familles, et donc au final, plus de problèmes que de solutions.

Après avoir longuement considéré tout cela, j'ai donc choisi d'utiliser cet argent pour créer des Boîtes Communautaires (C.B. , Community Boxes in English): des boîtes contenant du matériel que la communauté n'a pas les moyens de s'acheter de manière individuelle et qui peut (et qui doit!) bénéficier à toute la communauté, et non à une seule famille.
J'aurai pour tâche d'identifier soigneusement dans la communauté la personne (et la famille) en charge de la boîte, et de m'assurer que cet usage sera bien étendu à la communauté. Je m'assurerai aussi du suivi de la boîte, notamment avec le matériel consommable (désinfectant, compresses stériles...).

Voici ma Community Box 1 (à son tout début):


Pour son lancement, j'ai choisi de la confier à une famille de Divisoria que je connais bien (puisque je leur donne des cours de soutien). J'ai choisi cette famille pour tenter l'expérience non seulement parce que je la connais bien et lui fais confiance, mais aussi parce qu'elle a déjà la responsabilité d'un kit de premier soin confié par une ONG (Child Hope), également à destination de toute la communauté environnante. Ma C.B. complète et prolonge donc ce kit.


L'expérience et les conseils de cette famille se sont également révélés précieux pour compléter la boîte. Par exemple, ils m'ont signalé qu'une "longue pince", aini que des gants de protection seraient très importants, car quand nos apprentis soigneurs doivent désinfecter les plaies hyper-purulentes de leurs petits camarades, c'est trop pour eux et ils rendent fréquemment leur dernier repas par-dessus bord, voire même tournent de l'oeil...  Mettre un peu de distance avec tout cela faciliterait grandement les choses.

Ainsi arrive la cavalerie:

Quant au désinfectant, j'ai d'abord pensé à prendre la dose de bétadine (ou povidone iodine, exactement identique mais tellement moins chère):
Mais après de longs entretiens passionnés avec mon ami Google, force m'a été d'accepter que nos mères et grands-mères n'étaient pas les plus au fait sur comment faire cicatriser rapidement et efficacement une plaie: la bétadine, l'eau oxygénée et l'alcool sont tout autant déconseillés que le toxique et désormais interdit mercurochrome pour soigner une plaie!
Me voilà donc à expérimenter le "savon propre et efficace", un mélange de glycérine végétale (pour la texture) et d'huile essentielle de théier (pour l'effet anti-bactérien).

Un savon qui nettoie la plaie des agents pathogènes sans pour autant décimer les cellules qui reconstituent la peau, comme le font les autres produits trop puissants.

jeudi 14 décembre 2017

Ecole démocratique au bidonville

Voici mon nouveau challenge aux Philippines: 




Dans l'ensemble des Philippines, 50% des élèves de première année abandonneront leurs études avant la fin (Nava, 2009). 

Au-delà de la crise des décrochages, un problème plus vaste et imminent est partagé par les pays du monde entier: les enfants sont désengagés et s'ennuient dans la classe traditionnelle.

Le style rigide de l'éducation est tout particulièrement néfaste dans les contextes les plus pauvres. 

Sur le plan financier, les familles n'ont tout simplement pas les moyens d'envoyer leurs enfants à l'école, car une famille de cinq personnes vivant dans la pauvreté consacrerait la moitié de son revenu à l'école (Moore, 2016). Ce qui arrive, par conséquent, est que les familles «spécialisent» leurs enfants (Murakami, 2011). Cela signifie qu'un enfant devient l'espoir de la famille et que leurs besoins scolaires sont satisfaits, tandis que les autres enfants de la famille travailleront pour subvenir aux besoins de base. C'est une des raisons pour lesquelles les familles les plus pauvres ont de plus grandes familles. Les plus pauvres agissent donc de cette manière de manière très rationnelle. 



La fondation Fairplay For All (https://fairplayforall.org/) a commencé à travailler dans le domaine de l'éducation par le biais d'un centre d'accueil où les enfants avaient un espace sûr pour apprendre, jouer et se reposer. Ils ont progressivement commencé à parrainer des enfants réguliers qui se sentaient prêts à retourner à l'école formelle à travers le centre d'accueil. Dans la plupart des cas, cela a été un succès. La fréquentation et les notes s'améliorent progressivement.

Cependant, au fil du temps, il est devenu clair, grâce à la recherche et aux commentaires de la communauté, que cela ne pouvait pas être une solution universelle.
Actuellement, dans les écoles publiques de Payatas, il y a en moyenne entre 60 et 80 enfants par classe, soit beaucoup plus qu'ailleurs aux Philippines (40 en moyenne). Si, par exemple, nous renvoyions à l'école publique tous les enfants qui n'étaient pas scolarisés, la taille des classes doublerait.

Pourquoi autant d'élèves par classe à Payatas?
Le recensement dit qu'il y a un peu moins de 120 000 personnes vivant dans le  barangay Payatas, bien que les études académiques suggèrent que le chiffre réel s'élève à 500 000. Etant donné que la plupart des gens sont des squatters et ne possèdent pas la terre sur laquelle ils vivent, ils ne sont pas inclus dans les chiffres officiels. (Gaillard et Cadag, 2009, Bernardo, 2004, entre autres).
Or, il se trouve que les écoles sont réparties sur le territoire en fonction du nombre d'habitants tel que mesuré par le recensement. A Payatas, les écoles sont donc largement en sous-nombre.

Le système traditionnel ne fonctionne pas non plus pour la plupart de ces enfants. Les châtiments corporels sont très fréquents dans des classes où les enseignants peinent à maintenir la discipline dans les classes surchargées et où ils se retrouvent souvent débordés par le nombre d'élèves. Certains élèves, traumatisés, refusent de retourner à l'école pour cette raison.

A la fondation Fairplay, nous croyons qu'il y a une meilleure façon. 



Nous croyons en l'apprentissage centré sur l'enfant. 




 Nous pensons que les élèves ont leur mot à dire sur la manière dont l'école est dirigée, sur les leçons qu'ils prennent et sur la façon dont ils façonnent leur avenir. 
 Nous croyons que la curiosité devrait être encouragée et devenir la pierre angulaire du processus d'apprentissage. 

 Nous croyons que les enfants apprennent mieux lorsqu'ils coopèrent, qu'ils ne sont pas en compétition, lorsqu'ils sont heureux et engagés, et qu'ils ne mémorisent pas passivement. 



Nous croyons que les enseignants devraient connaître mieux leurs élèves et qu'ils devraient être libres de soutenir leurs élèves de la manière qu'ils jugent la meilleure, sans lourdeur bureaucratique.







C'est notre vision pour la toute nouvelle Fairplay Academy: la première école démocratique aux Philippines. 

Les élèves apprennent à leur propre rythme, en se concentrant sur le développement social 
et affectif d'abord pour s'assurer qu'ils voient les erreurs comme une étape positive dans le 
processus d'essais et d'erreurs qui incarne le véritable processus d'apprentissage.

L'école est gratuite, et les enfants bénéficient également de repas gratuits pour pouvoir apprendre dans de bonnes conditions. Actuellement, tous les élèves proviennent des bidonvilles alentour.




Bien sûr, nous ne sommes pas proches d'un environnement d'apprentissage parfait, s'il en 
existe un, mais nous espérons progressivement continuer à offrir un environnement 
d'apprentissage plus heureux et plus efficace.

Si vous aussi, vous aimeriez vous joindre à nous et devenir partenaires de cette aventure, vous êtes les bienvenus! Le chemin est encore très long, les écueils sont nombreux. Il y a tant de choses à faire, et à des niveaux tellement différents... Mais à chaque difficulté que nous rencontrerons, nous ferons face ensemble et nous trouverons les solutions appropriées.

vendredi 1 décembre 2017

Addiction: la guerre contre la drogue a tout faux

Aux Philippines, la guerre contre la drogue (et les drogués) fait rage. Plusieurs milliers de dealers et de simples consommateurs ont été tués dans la rue par la police ou par des milices.
Dans sa grosse majorité, la population philippine soutient cette guerre et ferme les yeux sur les "dommages collatéraux" qui s'accumulent, faisant ainsi fi des nombreuses critiques internationales. Un moindre mal pensent-ils. Après tout, comme eux-mêmes ne se droguent pas, ils ne risquent rien.
Pour ceux qui se retrouvent en première ligne, la perception est toute autre.
Dans les bidonvilles, quasiment chaque famille a une victime à déplorer: un fils, un père, un frère, un oncle ou autre. La peur de la police règne, y compris pour celles et ceux qui n'ont rien à se reprocher, car il y a toujours le risque de perdre un proche, ou d'être soi-même victime d'une bavure.

Et pourtant...
La recherche scientifique a bouleversé nos connaissances sur l'addiction. Ces nouvelles connaissances ont une conséquence directe: cette guerre contre la drogue est perdue d'avance, car elle passe complètement à côté du sujet.

Voici ce que tout le monde devrait savoir sur l'addiction
(visionnez en plein écran pour lire les sous-titres confortablement, le bouton "plein écran" est en bas à droite dans la vidéo)





Conclusion: le contraire de l'addiction (liée à l'isolement et à la souffrance), ce sont les relations sociales
Et là, on ne parle pas de Twitter ou de Facebook, mais des VRAIES relations, avec des personnes physiques. Les médias sociaux ont plus tendance à diminuer le nombre d'interactions authentiques, et donc, de manière paradoxale, à augmenter l'isolement des individus, et donc le risque d'addiction! Il est intéressant d'ailleurs de noter que de plus en plus de créateurs de médias sociaux décident de ne plus utiliser leurs propres créations pour eux-mêmes et leur famille... S'ils le font, ce n'est pas sans raison.

2) La drogue, c'est quoi, en fait?
Jetons un coup d’œil au classement de dangerosité des drogues (danger pour l'entourage du drogué + danger pour la santé du drogué lui-même):

Toutes ces drogues sont connues pour être nocives, et à juste titre comme on peut le voir.
Mais il faut savoir que la majorité d'entre elles, à un moment ou à un autre, ont été utilisées à usage thérapeutique. Certaines le sont d'ailleurs encore.
Mais pour quel usage thérapeutique?

 Stimulants: cocaïne (et crack), méthamphétamine (nommé "shabu" au Philippines et principale cible de la guerre contre la drogue), amphétamine, caféine (café, thé, coca cola, red bull), nicotine (dans le tabac, stimulant léger mais pouvant avoir un effet relaxant).
Ils augmentent la vigilance et maintiennent en état d'éveil.

Dépresseurs: alcool, héroïne, opioïdes (morphine), opium,  substances volatiles (solvants que "sniffent" les enfants des rues aux Philippines)
Lorsqu’on se sent mal – stressé, effrayé, triste… – prendre un dépresseur nous aide à moins ressentir ces sentiments négatifs, à rendre tout plus simple, à apaiser nos angoisses. On a le sentiment de «relâcher la pression » quand on a des petits soucis ou qu’on vient de vivre un évènement difficile (une rupture amoureuse, un conflit, un deuil…).

Perturbateurs: cannabis, kétamine, champignons, LSD, Ecstasy
Les perturbateurs sont des drogues hallucinogènes, c'est-à-dire qui perturbent le fonctionnement des sens. Cela a comme effet de modifier la perception. Par exemple, tout devient bleu, ou vert..., les sons sont amplifiés ou déformés, le sens du toucher nous renvoie des sensations bizarres..,

Une personne bien dans sa peau, qui a une belle vie sociale, qui vit dans un merveilleux "rat park" pourra prendre ces drogues à l'occasion, pour un usage récréatif, sans pour autant devenir accroc.
Mais la personne qui utilisera une drogue pour alléger une souffrance continuera probablement à en prendre tant que la souffrance sera présente. C'est cette personne qui deviendra accroc, car elle aura continuellement besoin d'alléger sa souffrance. Ce sera, en quelque sorte, de l'auto-médication.
Pour ces personnes, drogue = anti-souffrance.


3) Donc, comment lutter contre la drogue?
Pour gagner la guerre contre l'anti-souffrance, il faut s'attaquer à la souffrance.
Pour gagner la guerre contre la drogue, il faut résoudre le problème de la personne.
Supprimer, interdire, pénaliser ce qui soulage la souffrance ne résout rien. Au contraire.
L'éducation du type "Dites non à la drogue" n'empêchera pas les gens de souffrir, et donc de se tourner vers ce qu'ils savent pourtant être toxique ou immoral.
Quant à penser que tuer ceux qui souffrent est la solution... 

On en revient ainsi à la guerre contre la drogue aux Philippines.
Lutter contre l'addiction à coups de fusils, ça ne servira à rien.
Cela empire même la situation: marquer les drogués du sceau de l'immoralité revient à les isoler encore plus et à accroître la souffrance, à la fois pour eux et pour leur entourage. Accroître le nombre de personnes qui souffrent, c'est accroître le nombre de personnes qui chercheront un moyen d'alléger cette souffrance, et donc accroître le nombre de futurs consommateurs. On arrivera donc à l'opposé de l'effet escompté.
De plus, c'est de l'argent public gaspillé qui devrait être alloué à la vraie solution: rompre l'isolement et la souffrance des personnes, en informant les familles sur le sujet et en développant l'aide sociale.

Une personne qui ne souffre plus est une personne qui n'a plus besoin de drogue!